samedi 17 mai 2008

Encore plus au nord (2) :

Re ! Tout le monde a en tête la rusticité de la vie qui m'attendait, magistralement explicitée dans l'article précédent ?
Oubliez. Vous auriez du vous douter que ça se passe pas comme ça avec moi. J'ai la gueule d'un lapin de six semaines ? Merci.

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L'école désaffectée ? Nope, on a dégoté une brave auberge dans Niofoin même, qui n'avait pas vu de clients depuis 2002. Forcément, on a eu du mal à dormir entassés... à 2 ou 3 par bungalow.
Laissez tomber les citernes, elles ne risquaient pas de servir, il y avait l'eau courante, la douche, et les WC dans les piaules. Quant à l'électricité, on disposait carrément de la clim' : D
Les rations, elles, s'échangeaient pour bien moins que dans le sud, mais suffisamment pour assurer les appros quotidiennes de fruits, légumes, et surtout viande. Oh, la viande. Chevreau, porcelet à la broche, poulets braisés, brochettes... que du 100% bio.


Je vous plains, vous n'avez même pas l'odeur...

Les bouteilles de Cristaline furent de leur côté vite complétées par leurs copines Flag, Fanta, Coca et autre. Hé, quand on emmène deux frigos et une méga-glacière, autant en profiter !
Quant à l'harassant labeur quotidien, heu... alors, harassant, non, labeur, non, et quotidien, non plus. Une patrouille dans les alentours par jour, et basta. Ce qui n'occupait même pas les 2/5è des effectifs, et je vous laisse donc imaginer l'intense productivité des 3/5è restants, dont je faisais partie (à part deux pauvres matinées).


On est en place où on ne l'est pas. A gauche, les bungalows, à droite notre minibar Custom.

Mais alors, me direz-vous, qu'ai-je bien pu branlé ? Rien. Roh putain ouais, rien. Ah si, à un moment, j'ai tourné la broche. Et j'ai débarassé la table ! Et j'ai mangé, oh, ce que j'ai mangé. Presque autant que ce que j'ai dormi. Juste en dessous, ex aecquo, le bronzage et le pompage.

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Ci-dessus, je fais d'une pierre trois coups, prouvant tout à la fois que OUI JE BOSSE, NON je ne sais pas piocher du tout, les manches de pioches sont inadaptés aux grandes tailles.

Hélas, il y a bel et bien une justice. Tout se paye, et la fatidique journée du 14 Avril, je rachetai dans la souffrance ma paresse. A deux reprises.
- En laissant 10cm² d'un mollet par ailleurs puissant et généreux sur le pot d'échappement d'une saloperie de mobylette (ah je vous avais pas dis ? On en avait loué une aux gendarmes du coin, ça donne un genre quand on se balade dans le village). Il se trouve que c'était la première (et la dernière) fois que je montais sur un deux-roues à moteur. Je grimpe à l'arrière, je subis ma glace comme un bon gros psycho pendant les cinq minutes nécessaires pour faire l'aller-retour au centre du village, et, en redescendant, tel le roi des connards, je me brûle sur ce con de pot de merde. J'ai même pas eu droit aux soins de la (jolie) infirmière qui nous accompagnait (ah ça non plus j'avais pas dis ?).


Bien cachée sous nos fesses, la mobylette. Bien cachée sous mon treillis, la brûlure.

- Quelques heures après, et alors que les 14 mètres cubes de biafine n'avait pas totalement pénétré ma chair meurtrie, je, j'ai... bon, je sais pas ce qui m'a pris, et me demandez pas de détail, mais je me suis taillé avec un ciseau à ongle. La décence et ma fierté m'empêchent de préciser plus avant la localisation de la blessure. Mais c'était loin des ongles.

Passons.

Allez, quelques anecdotes en vrac, comme le "footing" avec les gendarmes ivoiriens, qui a pu mettre à mal le stéréotype tenace du Noir doté de deux coeurs et trois poumons. Bon, peut-être qu'avec des baskets, nourris, hydratés et tout, ils auraient mieux couru, mais ça ne nous regarde pas.

Oui, le mec en béret a couru avec. Ils sont pas tranquilles.

Le coup du général multi-étoilé, patron de toutes les forces françaises en RCI, qui débarque à Niofoin pour dire coucou et qui croise deux collègues sur la mobylette, sans casque ni béret, c'était pas mal non plus.
"mes respects mon général"
"vous êtes soldats français ?"
"heu... oui mon général"
"et vous n'avez pas de casque ?"
"heu... non mon général"
"elle est à qui cette mobylette ?"
"heu... on l'a loué aux gendarmes"
"oui et bien vous filez la leur rendre et vous rentrez à pied"
"reçu mon général"
Inutile de dire qu'ils ont gardé la mob, non, mais.
Ensuite, et bien, les plus assidus se souviendront des cinés-quartiers, à Abidjan. Il se trouve qu'on en compait une équipe, parmi nous, avec tout son matos. Regarder Transformers sur un écran de 4x3, en plein milieu de nulle part, ça a quelque chose de surréaliste et d'éminement roxxatif.

Voilà, rien de bien intéressant concernant le voyage retour, à part les deux chèvres rapportées par d'autre pelotons (!). Profitez bien de tout ça, parce qu'il ne me reste que trois semaines sur le territoire, et à part une semaine à Lomo Nord comportant un tir FAMAS, il n'y aura rien d'excitant à vous mettre sous la dent !

Je vous laisse sur ces photos en vrac :
Le peloton au complet avec la brave aubergiste, Elisa, au milieu.
Oui, les autres pelotons ont ramené deux chèvres Oo.
Alors là, j'ai aucune explication valable. La proximité avec le Mali et le Sahara : / ?
Cette photo est censé dissiper certains préjugés concernant l'osmose bière/soldat.
Ah forcément ça marche moins bien comme ça. Et on a pas l'air con, au milieu de la route, quand le général passe (mais non je suis pas un chat noir).
Village typique. Les trucs bizarres, ce sont des espèces de silos fourre-tout.
Et oui, il y a des trucs à voir en RCI : la basilique de Yamoussoukro.
Décidément, rien ne va plus pour l'acier allemand : ni le béton parisien, ni le bois ivoirien ne lui réussissent.

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vendredi 9 mai 2008

Encore plus au Nord !

Opération de présence. Sous ce sobriquet politiquement correct se cache la sombre réalité d'une difficile mais nécessaire mission. Comme son nom l'indique, et c'est là TOUT ce que cet espèce de fieffé connard se contente d'indiquer, l'OP consiste à bouger ses jolies fesses (en ce qui me concerne) hors du quartier à Abidjan et de passer un certain temps, loin, au contact de la population.
C'est l'occasion d'effectuer de menus travaux, de recueillir du rens dans des coins rarement voire pas du tout fréquentés par la soldatesque franque.

J'avais juste envie de vous montrer mon couteau mytho : /

Notre objectif était le pittoresque village de Niofoin, à 1h de piste à l'ouest de Korogho, incontournable métropole du grand nord du pays.
Et là, mes fidèles, oh, là, on a eu tout loisir de découvrir la face noire de l'expression "Opération de présence".
Une lourde semaine de préparation logistique pour percevoir les rations, les packs d'eau qui devaient assurer notre quotidien sur le terrain, percevoir les véhicules, bien sûr, puis les remplir. Tout prévoir : le groupe électrogène, les trois remorques citernes de 1500 L chacune pour la toilette et la douche, etc. Faire ses sacs, évidemment, avec assez de change pour deux semaines au cas où il n'y ait pas moyen de laver le linge sur place.

Bref, ce sont trois longues rames, une par peloton, d'une quinzaine de bouzins chacune, qui s'élancèrent vers le Nord ce dimanche 6 avril. 650 km de trajet en deux jours, avec une pause à mi-parcours à Bouake (là où périrent 9 des notres lors du bombardement en 2004, si vous vous souvenez).

La belle photo du jour, prise au camp, à Bouake.

Aussi près de la frontière avec le Mali, la végétation se raréfie, s'assèche, proximité avec le Sahel oblige, pour ressembler à une espèce de savanne en plus boisé. Moins d'humidité donc des nuits plus fraîches, des fringues et des plaies qui sèchent plus vite, et la douce brise du matin qui fait du bien : un temps d'été dans le sud chez nous, en fin de compte.

Mais la clémence du climat ne devait pas nous faire oublier notre situation : nous étions censés passer dix jours à l'opposé de la civilisation, à bouffer ces putains de rations laxatives, nous douchant à la pompe, dormant dans une vieille école abandonnée (lire : un bâtiment de 50m²), s'occupant la journée à réparer tout et n'importe quoi pour prouver que la France, c'est trop chouette.

Une partie de notre rame... oui je sais c'est pauvre en photo, je me rattrape au prochain coup.

Ne croyez pas un instant que je me plains : au contraire, j'attendais ça avec impatience. Loin des cons et des tours de garde, à se faire la bite sur le terrain, je dis oui et je me ressers ! Comment dire non à une occasion manifeste de bronzer et de sculpter mon corps ? Et puis, on est militaires ou guichetiers à la poste ? Merde alors, on a signé pour ça, non ?
Non, si je la joue Cosette c'est pour que vous preniez conscience d'à quel point cette mission est à des lieues de votre ennuyeux quotidien métro-fac/boulot-dodo. Et aussi pour que vous ressentiez l'état d'esprit qui était le nôtre lorsque nous passâmes le check-point d'entrée de Niofoin... vous comprendrez mieux le... choc.

Mais ça, vous le saurez au prochain épisode !

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